Marguerite Yourcenar (1903-1987)[Marguerite de Crayencour]

Mémoires d'Hadrien [1951]


  • Il est difficile de rester empereur en présence d'un médecin, et difficile aussi de garder sa qualité d'homme. (page.11)

  • Je ne suis pas encore assez faible pour céder aux imaginations de la peur, presque aussi absurdes que celles de l'espérance, et assurément beaucoup plus pénibles... Je n'en suis pas moins arrivé à l'âge où la vie, pour chaque homme, est une défaite acceptée. (p.12)

  • Il n'est pas indispensable que le buveur abdique sa raison, mais l'amant qui garde la sienne n'obéit pas jusqu'au bout à son dieu.
    ..tout démarche sensuelle nous place en présence de l'Autre, nous implique dans les exigences et les servitudes du choix. (p.20)

  • Il me déplait qu'une créature croie pouvoir escompter mon désir, le prévoir, mécaniquement s'adapter à ce qu'elle suppose mon choix. (p.24)

  • L'homme qui ne dort pas, je n'ai depuis quelques mois que trop d'occasions de le constater sur moi-même, se refuse plus ou moins consciemment à faire confiance au flot des choses. (p.28)

  • Je m'accommoderais fort mal d'un monde sans livres, mais la réalité n'est pas là, parce qu'elle n'y tient pas tout entière. (p.31)

  • Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leurs propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moments, ou j'aurais pu l'être. (p.51)

  • Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'ils possède. (p.51)

  • Presque tous méconnaissent également leur juste liberté et leur vraie servitude...
    Pour moi, j'ai cherché la liberté plus que la puissance, et la puissance seulement parce qu'en partie elle favorisait la liberté. (p.52)

  • Je cherchai d'abord une simple liberté de vacances, des moments libres. Toute vie bien réglée a les siens, et qui ne sait pas le provoquer ne sait pas vivre. (p.53)

  • J'ai compris que peu d'hommes se réalisent avant de mourir. (p.100)

  • C'est insulter les autres que de paraître dédaigner leurs joies. (p.119)

  • Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes: tous les malheurs causés par la divine nature des choses. (p.127)

  • Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage : on en changera tout au plus le nom. (p.129)

  • Chaque homme à éternellement à choisir, au cours de sa vie brève, entre l'espoir infatigable et la sage absence d'espérance, entre les délices du chaos et celles de la stabilité, entre le Titan et l'Olympien. (p.151)

    (Editions Gallimard. Collection Folio)



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