Simone Weil (1909-1943)

Le pesanteur et la grâce


  • Celui qui n'a pas Dieu en lui ne peut en ressentir l'absence. (p.36)

  • Parmi les êtres humains, on ne reconnaît pleinement l'existence que de ceux qu'on aime. (p.69)

  • N'est-ce pas le grand malheur, quand on lutte contre Dieu, de n'être pas , quelvaincu ? (p.168)


    (Editions Plon 1948. dans la collection 10/18)


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La personne et le sacré


  • « Vous ne m'intéressez pas. » C'est là une parole qu'un homme ne peut pas adresser à un homme sans commettre une cruauté et blesser la justice". (p.25)

  • Il y a depuis la petite enfance jusqu'à la tombe, au fond du coeur de tout être humain, quelque chose qui, malgré toute l'expérience des crimes commis, soufferts et observés, s'attend invinciblement à ce qu'on lui fasse du bien et non du mal. C'est cela avant toute chose qui est sacré en tout être humain. (p.28)

  • Il n'y a d'autres limites à nos vouloirs que les nécessités de la matière et l'existence des autres humains autour de nous.(...) C'est pourquoi aussi l'esclavage est si agréable aux maîtres. (p.30)

  • Excepté l'intelligence, la seule faculté humaine vraiment intéressée à la liberté publique d'expression est cette partie du coeur qui crie contre le mal. (p.31)

  • Quand la liberté d'expression se ramène en fait à la liberté de propagande pour les organisations de ce genre [note YF: celles qui cherchent le pouvoir ], les seules parties de l'âme humaine qui méritent de s'exprimer ne sont pas libres de la faire. (p.35)

  • Tout ce qui est impersonnel dans l'homme est sacré, et cela seul. (p.34)

  • Ce qui est sacré dans la science, c'est la vérité. ce qui est sacré dans l'art, c'est la beauté. La vérité et la beauté sont impersonnelles. Tout cela est trop évident. (p.36)

  • Si un enfant fait une addition, et s'il se trompe, l'erreur porte le cachet de sa personne. S'il procède d'une manière parfaitement correcte, sa personne est absente de toute l'opération. (p.37)

  • La perfection est impersonnelle. La personne en nous, c'est la part en nous de l'erreur et du péché. Tout l'effort des mystiques a toujours visé à obtenir qu'il n'y ait plus dans leur âme aucune partie qui dise « je. » (p.37)

  • L'erreur qui attribue à la collectivité un caractère sacré est l'idolâtrie; C'est en tout temps et, et tout pays, le crime le plus répandu.(...) (p.38)

  • La subordination de la personne à la collectivité n'est pas un scandale: c'est un fait de l'ordre des faits mécaniques, comme celle du gramme au kilogramme sur la balance. La personne est en fait toujours soumise à la collectivité, jusqu'à et y compris dans ce qu'on nomme son épanouissement. (p.39)

  • L'être humain n'échappe au collectif qu'en s'élevant au-dessus du personnel pour pénétrer dans l'impersonnel.(...) (p.40)

  • Chacun de ceux qui ont pénétré dans le domaine de l'impersonnel y rencontre une responsabilité envers tous le êtres humains. (p.41)

  • Il est inutile d'expliquer à une collectivité que dans chacune des unités qui la composent il y a quelque chose qu'elle ne doit pas violer.(...)

    De plus, le plus grand danger n'est pas la tendance du collectif à comprimer la personne, mais la tendance de la personne à se précipiter, à se noyer dans le collectif. (p.42)

  • Il faut à l'homme du silence chaleureux, on lui donne du tumulte glacé. (p.45)

  • Le travail physique, bien qu'il soit une peine, n'est pas en lui-même une dégradation. Il n'est pas de l'art; il n'est pas de la science; mais il est autre chose qui a une valeur absolument égale à celle de l'art et de la science. Car il procure une possibilité égale pour l'accès à une forme impersonnelle de l'attention. (p.45)

  • La notion de droit est liée à celle de partage, d'échange, de quantité. Elle a quelque chose de commercial. Elle évoque par elle-même le procès, la plaidoirie. Le droit ne se soutient que sur un ton de revendication; et quand ce ton est adopté, c'est que la force n'est pas loin, derrière lui, pour le confirmer, ou sans cela il est ridicule. (p.48)

  • Les notions de droit, de personne, de démocratie sont dans cette catégorie [YF: les notions étrangères au surnaturel ]. Bernanos a eu le courage d'observer que la démocratie n'oppose aucune défense aux dictateurs. La personne est par nature soumise à la collectivité. [YF: Je souligne ]. Le droit est par nature dépendant de la force. (p.49)

  • La propriété était définie par le droit d'user et d'abuser. En en fait la plupart de ces choses dont tout propriétaire avait le droit d'user et d'abuser étaient des êtres humains. (p.51)

  • La notion de droit, mise au centre des conflits sociaux, y rend impossible de part et d'autre toute nuance de charité. (p.54)

  • Seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l'énergie qui enfonce profondément dans la terre les puissantes racines. L'arbre est en vérité enraciné dans le ciel. (p.60)

  • La possession d'un droit implique la possibilité d'en faire un bon ou un mauvais usage. Le droit est donc étranger au bien. Au contraire l'accomplissment d'une obligation est un bien toujours, partout. La vérité, la beauté, la justice, la compassion sont des biens toujours et partout. (p.61)

  • L'amour de la vérité est toujours accompagné d'humilité. (p.64)

  • Comme la vérité est autre chose que l'opinion, le malheur est autre chose que la souffrance. (p.69)

  • Ecouter quelqu'un, c'est se mettre à sa place pendant qu'il parle. (p.72)

  • La beauté est le mystère suprême d'ici-bas. (p.74)

  • La justice consiste à ce qu'il ne soit pas fair de mal aux hommes. (p.76)

  • ...l'art de punir est l'art d'éveiller chez les criminels le désir du bien pur par la douleur ou même la mort.

    Mais nous avons tout à fait perdu jusqu'à la notion du châtiment. Nous ne savons plus qu'il consiste à fournir du bien. Pour nous il s'arrête à l'infliction du mal. C'est pourquoi il y a une chose et une seule dans la société moderne plus hideuse encore que le crime, et c'est la justice répressive. [YF: je souligne] (p.80)


    (Edition Payot & Rivages. Paris 2017)



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dernière mise à jour : 07/01/2018 version: YF:01/2003