Léon Tolstoï (1828-1910)

Guerre et Paix


  • «Je suis petit et nul, et cela depuis que j'ai épousé une femme que j'aime.» (Journal -moins d'un an après son mariage)

  • «Ne te marie jamais, mon ami, jamais; c'est le conseil que je te donne; ne te marie pas avant de t'être dit que tu as fait tout ce que tu as pu et avant d'avoir cessé d'aimer la femme que tu auras choisie, avant d'avoir vu clair en elle; sinon tu te tromperas cruellement et irrémédiablement. Marie-toi une fois vieux, quand tu ne seras plus bon à rien... Sinon, tout ce qu'il y a en toi de bon et d'élevé sera perdu. Tout sera gaspillé en vétilles. Oui, oui, oui! Ne me regarde pas de cet air surpris; Si tu attends quelque chose de toi dans l'avenir, tu sentiras à chaque instant que pour toi tout est fini, que tout est fermé, sauf le salon où tu compteras autant qu'un servile courtisan et qu'un imbécile... Mais quoi!... » (p.43)

  • Pierre était du nombre de ces gens qui ne sont forts que lorsqu'ils se sentent absolument purs. (p.258)

  • «Il n'y a rien de sûr, rien, sinon la vanité de tout ce qui m'est incompréhensible et la grandeur de ce quelque chose d'incompréhensible mais de plus important que tout!» (p.362)

  • Il y a deux faces dans la vie de tout homme : la vie individuelle qui est d'autant plus libre que ses intérêts sont plus abstraits, et la vie élémentaire, grégaire, où l'homme se soumet inévitablement aux lois qui lui sont prescrites. (Tome III, Première partie, p.8)

  • L'homme vie consciemment pour soi, mais il sert d'instrument inconscient pour la poursuite des buts historiques, communs à toute l'humanité. (Tome III, Première partie, p.8)

  • ...les Allemands fondent leur confiance en soi sur une idée abstraite, la science, c'est-à-dire la prétendue connaissance de la vérité absolue... (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...Le Français est sûr de lui parce qu'il croit exercer, tant par son esprit que par son physique, une séduction irrésistible sur les hommes comme sur les femmes... (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...L'Anglais est sûr de lui parce qu'il est le citoyen de l'Etat le mieux organisé du monde, parce que, en tant qu'Anglais il sait toujours ce qu'il doit faire, et qu'il a conscience que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indiscutablement bien fait... (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...L'Italien est sûr de lui parce qu'il est émotif et qu'il oublie facilement et lui-même et les autres... (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...Le Russe est sûr de lui parce qu'il ne sait rien et ne veut rien savoir, et parce qu'il ne croit pas qu'on puisse savoir quelque chose à fond... (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...L'assurance de l'Allemand est la pire de toutes, et la plus tenace, et la plus odieuse, car il s'imagine connaître la vérité, c'est-à-dire la science qu'il a inventé lui-même mais qui pour lui est la vérité absolue. (Tome III, Première partie, p.47)

  • ...ils étaient tous des instruments inconscients de l'histoire et accomplissaient une oeuvre dont le sens leur était celé, mais que nous comprenons. Tel est le sort invariable de tous les hommes d'action et plus haut ils sont placés dans la hiérarchie humaine, moins ils sont libre. (Tome III,Deuxième partie, p.98)

  • L'issue de tout événement en cours donne toujours lieu à tant d'hypothèses que, quelle que soit cette issue, il se trouve chaque fois des gens pour assurer: «Je l'avais bien dit !» tout en oubliant complètement que, parmi les innombrables hypothèses avancées, il a en a eu aussi d'absolument contraires. (Tome III,Deuxième partie, p.100)

    (Edition Hazan. dans le livre de poche Traduction Elisabeth Guertick)


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La Sonate à Kreutzer

[Contre le mariage]


  • Qui sont les médecins ? Des prêtres de la science. (p.131)

  • Il est étrange que l'illusion qui veut que la beauté soit un bien soit aussi totale. Une jolie femme dit des stupidités: on l'écoute et, loin de remarquer ces stupidités, on la trouve intelligente. Elle dit et fait des horreurs, on trouve cela charmant. Et lorsqu'elle ne dit ni stupidités ni horreurs mais qu'elle est jolie, on est tout de suite persuadé qu'elle est miraculeusement intelligente et d'une grande moralité. (p.135)

  • Un homme peut vivre cent ans à la ville sans s'apercevoir qu'il est depuis longtemps mort et tombé en pourriture. On n'a jamais le temps de faire son examen de conscience, tout est occupé. (P.168)

  • Et, en général, quelle chose terrible que la musique ! Qu'est-ce exactement ? Je ne le saisis pas. Qu'est-ce que la musique ? Quelle est son action ? Et pourquoi agit-elle comme elle le fait ? [...] La musique m'oblige à m'oublier, à oublier ma vraie condition, elle me transporte dans un état qui n'est pas le mien; sous l'influence de la musique, j'ai l'impression que je sens ce qu'en réalité je ne sens pas, que je comprends ce que je ne comprends pas, que je peux ce que je ne peux pas. (p.188-189)

    (Edition Gallimard. 1960 Traduction par Sylvie Kuneau et Boris de Schloeser Collection Folio)



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