Jean-Louis Servan-Schreiber (1937 - )

Le retour du courage


  • Récemment, après le suicide de son fils, une femme trouva ce mot: Maman, tu ne m'avais pas dit que pour vivre, il fallait du courage." (p.16)

  • Exister en tant qu'individu libre, face à l'infini et à la mort, tel a été et tel est le lot de chacun des vivants qui m'ont précédé ou qui m'accompagnent aujourd'hui. Mais bien peu ont eu le loisir de faire plus que l'entrevoir.
     Cette lucidité, devenue inesquivable, n'est pas pour autant aisément acceptable : les conditions pour la faire sereinement sont loin d'être idéales. Mais en prendre prétexte pour refuser pareille avancée de notre destin nous expose à la culpabilité la plus cuisante, celle de ne pas avoir, dans le cours de cette unqiue vie, accompli nos potentialités. (p.44)

  • Nous ne sommes pas dans un système capitaliste, mais à l'Est comme à l'Ouest dans un système "productiviste", généralisé à toute la planète. La productivité, c'est la nécessité de faire chaque année plus>, plus vite, mieux et moins cher.. Inlassablement. C'est dingue. (p.62)

  • Mais ce too much qui nous donne le tournis, s'étend désormais à tout : trop d'images, trop de connaissances, trop de sollicitations, trop d'informations, trop de demandes émanant de notre environnement, trop de micro-problèmes quotidiens. (p.68)

  • La surinformation, le bombardement de messages de plus en plus bref ont notablement raccourci notre temps de concentration. Nous savons énormément de choses, avec le sentiments justifié de ne plus rien connaître . (p.68)

  • L'audiovisuel, le plus récent et le plus spectaculaire des syndromes contemporains, nous distancie du réel de deux manières : en brouillant nos souvenirs et en détournant notre attention. (p.71)

  • On a envahi tout notre espace intérieur et nous nous en sommes à peine aperçus. (p.72)

  • Quoi de pire, pour un individu de ne pas s'appartenir ? (p.82)

  • L'abolition de l'esclavage et du servage a été la pierre de touche de la reconnaissance de l'intégrité de la personne. A quoi sert-il aujourd'hui d'être enfin vraiment libéré si je ne suis pas disponible à moi-même ? Y at-il plus profonde aliénation que de n'être pas accessible à soi ? (p.82)

  • Pas besoin d'attendre l'enfer pour perdre son âme. On peut faire ça tout de suite, tous les jours : en poursuivant une carrière sans perspectives, en absorbant des informations sans portée, en maintenant des relations sans flamme, en échangeant de propos sans idées, en regardant des spectacles sans talent. (p.83)

  • Exister repose sur un dialogue réel avec soi-même. (p.83)

  • La solitude n'effraie pas ceux qui sont pour eux-mêmes de bons compagnons. Si l'on n'a pas le temps d'exister, d'entretenir sa propre richesse intérieure, on n'est pas pour autrui d'un commerce très intéressant; on ne l'est pas davantage pour soi-même. (p.83)

  • ..l'approfondissement de soi, le développement d'un dialogue avec soi-même ne peuvent se produire sans disponibilité, calme et silence. Faute de quoi, il nous est impossible d'habiter notre solitude sans angoisse. (p.90)

  • Or, le stress du choix n'est pas moins intense que celui de la privation. Parmi notre lot de nouvelles contraintes, celle de devoir chaque jour choisir est considérable, car il n'est pas question de l'éluder. Le monde moderne marginalise et clochardise ceux qui ignorent son mode d'emploi. Il n'y a plus de refuge pour l'idiot du village. A la compléxité s'ajoute la menace du rejet. (p.102)

  • La pléthore du non-soi et le vide du non-être ont en outre un effet commun : la disparition du sens. (p.106)

  • C'est le fait d'accomplir un acte, davantage que son résultat, qui nous rapproche le plus de l'unité intérieure. (p.108)

  • Même minoritaire, le réel n'en est pas moins incontournable. (p.118)

  • On ne peut être assuré de faire face aux circonstances difficiles et imprévisibles de la vie si l'on n'est pas en règle, de quelque manière, avec le problème de sa mort. (p.125)

  • L'effort redoublé, souvent pathétique, pour retrouve l'intensité de la nouveauté, de la jeunesse, conduit ordinairement à diverses formes de dégoût et de perte de sens. (p.127)

  • Se reconcilier avec sa mort revient à admettre l'évidence au lieu de la nier, et à signer la paix avec elle. Après un traité de paix, en général, on vit mieux. (p.128)

  • Une des sources de culpabilité les plus brûlantes est le sentiment de ne pas avoir joué, par pusillanimité, toutes les cartes que la vie nous présentait. Une des recettes garantie pour une vieillesse amère... (p.197)

    (Fayard - 1986)



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dernière mise à jour : 11/05/2009 version: YF-04/2009