Laurent Schwartz (1915-2002)

Un mathématicien aux prises avec le siècle


  • Jacques Hadamard, un des plus grands mathématiciens de son temps, portait sur eux [les philosophes ] quelques appréciations peu charitables : « Ce sont des gens qui s'occupent des problèmes que tous le monde sait résoudre, et des problèmes que personne ne résoudra jamais. » ou plus cruellement encore : « Les philosophes sont des gens qui, dans une chambre noire, cherchent un chat noir qui n'y est pas, et qui le trouvent.» (p.45)

  • Un beau raisonnement mathématique est comparable à un concerto de Bach ou à un ballet harmonieux. (p.54)

  • Je tiens de Danjon une histoire de mathématiciens qui vaut la peine d'être racontée. Le mathématicien-mécanicien Boussinesq, grand scientifique, perdit autrefois sa femme. L'enterrement, qui avait commencé par une journée très dégagée, se termina par une pluie battante. Tout le monde fut trempé. Il se remaria et fut veuf à nouveau. Le même phénomène météorologique se reproduisit lors des obsèques. Lorsque sa troisième épouse mourut également, les funérailles se déroulèrent sous un ciel qui resta au beau fixe, mais tous les universitaires qui y assistaient avaient emporté un parapluie. Emile Borel (grand manitou des probabilités à la Sorbonne) se tourna vers Polya, mathématicien étranger qui se trouvait à ce moment là en France, et il lui dit: « Ecoutez, Polya, n'est ce pas lamentable ? Nous sommes des universitaires, nous ne sommes pas superstitieux, je suis probabiliste, je sais pertinemment qu'il ne peut exister aucun rapport entre la pluie et l'enterrement de Mme Boussinesq. Et cependant j'ai apporté mon parapluie. - Pas du tout, répondit Polya, nous travaillons sur des faits scientifiques. Or c'est un fait scientifique avéré qu'il pleut souvent à l'enterrement de la femme de Boussinesq. » (p.156)

  • On monte dans l'abstraction à des hauteurs vertigineuses; cela n'est possible que parce que chaque objet abstrait est devenu concret par l'usage; c'est une question de temps et d'énergie, mais on y parvient toujours. C'est ce qui fait en revanche l'immense difficulté de vulgariser les mathématiques. A ce propos, un professeur avait défini un objet abstrait comme un objet qu'on ne peut ni voir ni toucher, et un objet concret comme un objet qu'on peut voir et toucher. Oui, avait acquiescé un élève, mon caleçon par exemple, est concret tandis que le vôtre est abstrait, parce que je ne peux ni le voir ni le toucher. Plus sérieusement, Un objet concret est un objet abstrait auquel on a fini par s'habituer.(YF:je mets en gras) (p.166) [ voir à ce propos aussi : Milan Kundera dans le Rideau page 95 ]

    (Editions Odile Jacob. 1997)


Lien(s): Schartz (en anglais)   Sur des mathématiciens  

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dernière mise à jour : 16/11/2009 version: YF:12/2001