Avertissement : Il y aurait beaucoup plus d'extraits à citer que je ne le fais ici. Je m'abstiens parfois par timidité mais aussi par paresse de devoir faire de longues copies et donc sujettent à des erreurs. Le seul conseil à donner : lisez-le livre et savourez-le.

Montaigne [Yves Frisch]
Michel de Montaigne (1533-1592) - En Français Moderne

Essais - Livre premier


  • Certes c'est un sujet extraordinairement vain, divers et ondoyant que l'homme. (L1, I, p.15)

  • [La tristesse :] Je suis des plus exempts de ce sentiment et je ne l'aime pas ni ne l'estime quoique les hommes aient pris le parti, comme par un engagement forfaitaire de l'honorer d'une faveur particulière. (L1, II, p.17)

  • Je prendrai garde, si je puis, que ma mort ne dise quelque chose que ma vie n'ait premièrement et ouvertement dite. (L1, VII, page 40)

  • Il n'y a pas d'homme auquel il convienne aussi mal [qu'à moi] de parler de la mémoire. (L1, IX, p.43)

  • ...l'absence de mémoire est un défaut insupportable à qui s'embarrasse des négociations publiques ;... (L1, IX, p.43)

  • En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes homme et ne sommes liés les uns aux autres que par la parole. (L1, IX, p.46)

  • Si, comme la vérité, le mensonge n'avait qu'un visage, nous serions en meilleure situation [par rapport à lui-le], car nous prendrions pour certain le contraire de ce que dirait le menteur. Mais l'envers de la vérité à cent mille formes et un champ sans limites. (L1, IX, p.46)

  • [les femmes :] Que craignent-elles pour peu qu'il y ait à espérer quelques ajustements dans leur beauté ? (L1, XIV, p.74)

  • Et à la vérité ce n'est pas l'indigence, c'est plutôt l'abondance qui produit l'avarice. (L1, XIV, p.78)

  • Je sens par nature quelque volupté à payer comme si je déchargeais mes épaules d'un poids pénible et de l'image de servitude [ que donne la dette ], tout comme il y a quelque contentement qui me chatouille à faire une action juste et à contenter autrui. (L1, XIV, p.78)

  • Il n'y a rien que je haïsse comme le marchandage. C'est un pur échange de trichoterie et d'impudence :... (L1, XIV, p.78)

  • La confiance dans la bonté d'autrui est un signe important de sa bonté propre. (L1, XIV, p.83)

  • Chacun est bien ou mal selon qu'il se trouve ainsi. Est heureux non pas celui dont on croit qu'il l'est, mais celui qui croit l'être. Et en cela seul la croyance se donne réalité et vérité. (L1, XIV, p.83)

  • Celui qui n'a le courage de ne supporter ni la mort ni la vie, qui ne veut ni résister ni fuir, que ferai-on pour lui ? (L1, XIV, p.84)

  • ...entre tous les plaisirs que nous connaissons, le fait même de chercher à l'atteindre est attrayant. (L1, XX. p.101)

  • Or, Parmi les principaux bienfaits de la vertu, il y a le mépris qui pourvoit notre vie d'une douce tranquillité , nous en rend le goût pur et aimable sans quoi toute autre volupté est éteinte. (L1, XX, p.101)

  • ...au pis-aller, la mort peut mettre fin, quand il nous plaira, et couper court à tous autres ennuis. (L1, XX, p.102)

  • Celui qui a appris à mourir a désappris à être esclave. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et de toute contrainte. (L1, XX, p.107)

  • A chaque minute il semble que je m'échappe. (L1, XX, p.108)

  • Qui apprendrait aux hommes à mourir, leur apprendrait à vivre. (L1, XX, p.110)

  • Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. (L1, XX, p.118)

  • La vue des souffrances d'autrui me fait souffrir physiquement... (L1, XXI, p.120)

  • ...en vérité il faut remarquer que les jeux des enfants ne sont pas des jeux et il faut juger, chez eux, comme leurs actions les plus sérieuses... (L1, XXIII, p.135)

  • Les miracles sont [miracles] selon l'ignorance dans laquelle nous sommes de la nature, non selon l'état de la nature. (L1, XXIII, p.137)

  • Si, comme nous, qui nous étudions, avons appris à le faire, chaque [homme] qui entend une pensée juste regardait sur le champ par ou elle le concerne directement, il trouverait qu'elle n'est pas tant un bon mot qu'un coup de fouet à la bêtise ordinaire de son jugement. Mais on reçoit les avis de la vérité et ses préceptes en considérant qu'ils sont adressés aux gens, jamais à soi, et, au lieu de le loger) dans sa conduite, chacun les loge dans sa mémoire, très sottement et inutilement. (L1, XXIII, p.142)

  • La règle des règles, et la loi générale des lois, c'est que chacun observe celle du pays où il est. (L1, XXIII, p.146)

  • Quiconque ne fera aucun cas de sa [ propre ] vie se rendra toujours maître de celle d'autrui. (L1, pXXIV, p.158)

  • Toute autre science est préjudiciable à celui qui n'a pas la science de la bonté. (L1, XXV, p.173)

  • ...la plus grande et la plus importante difficulté de la science humaine semble se trouver dans ce chapitre où l'on traite de la façon d'élever et éduquer les enfants. (L1, XXVI, p.182)

  • Je voudrais aussi qu'on fut soucieux, [pour l'éducation de l'enfant] de lui choisir un guide qui eut plutôt la tête bien faite que bien pleine et ... (L1, XXVI, p.184)

  • Savoir par coeur n'est pas savoir : c'est avoir à sa disposition ce que l'on a donné en garde à sa mémoire. (L1, XXVI, p.187)

  • L'accoutumance à supporter le travail est une accoutumance à supporter la douleur. (L1, XXVI, p.189)

  • Dans cette école du des hommes, j'ai souvent remarqué ce défaut, [à savoir] qu'au lieu de chercher à connaître les autres, nous ne faisons effort que pour nous faire connaître et sommes plus soucieux de débiter nos marchandises que d'en acquérir de nouvelles. Le silence et la modestie sont des qualités très favorables aux relations humaines. (L1, XXVI, p.189)

  • Le jugement d'un homme qui est payé et reçoit des gages ou est moins impartial et moins libre ou est taxé et de sottise et d'ingratitude. (L1, XXVI, p.190)

  • Le jugement humain retire de la fréquentation du monde une lumière extraordinaire. Nous sommes tout resserrés et repliés sur nous et nous avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. (L1, XXVI, p.193)

  • Toute bizarrerie et singularité dans nos manières d'être et de vivre est à éviter parce qu'elle est l'ennemie de la communication entre les gens et de la vie sociale et qu'elle est contre nature. (L1, XXVI, p.205)

  • Le vrai miroir de nos pensées est le cours de notre vie. (L1, XXVI, p.207)

  • [sur La Boétie ] Si l'on me demande avec insistance de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi.» (L1, XXVIII, p.233)

  • Je ne m'occupe pas de dire ce qu'il faut faire dans le monde - d'autres s'en occupent suffisamment-, mais de ce que j'y fais. (L1, XXVIII, p.238)

  • Aux relations familières de la table j'associe l'agréable, non le sérieux ; au lit [je mets] la beauté avant la bonté ; dans la conversation [je veux] la compétence, même sans la vertu. Pareillement ailleurs. (L1, XVIII, p.239)

  • J'aime les natures tempérées et modérées. L'immodération vers le bien lui-même, si elle ne me choque pas, me trouble profondément et me met en peine pour lui trouver un nom. (L1, XXX, p.244)

  • L'archer qui dépasse le but le manque, comme celui qui n'arrive pas jusqu'à lui. (L1, XXX, p.245)

  • ...chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans ses coutumes, (L1, XXXI, p.255)

  • Je ne partage point cette erreur commune de juger d'un autre d'après ce que je suis,. Je crois aisément qu'il a des qualités différentes des miennes. (L1, XXXVII, p.283)

  • Si ce n'était pas le comportement d'un fou de parler [tout] seul, il n'y a pas de jour où on ne m'entendrait gronder en-moi-même et contre moi : «Peste de sot!» Et je n'entends pourtant pas que ce soit ma définition. (L1, XXVIII, p.290)

  • Il y a possibilité de se conduire bien ou mal partout ;... (L1, XXXIX, p.292)

  • Le plus grande chose au monde, c'est de savoir être à soi. (L1, XXXIX, p.298)

  • L'occupation qu'il faut choisir pour la retraite, ce doit être une occupation qui ne soit ni pénible ni ennuyeuse ; autrement, c'est en vain que nous penserions êtres venus y chercher le repos. Cela dépend du goût particulier de chacun : le mien ne s'accommode nullement de l'administration du ma maison. Ceux qui aiment cela doivent s'y adonner avec modération [ici : citation d'Horace]...Si l'on fait autrement, les soins domestiques sont un travail d'esclave, comme dit Salluste. (L1, XXXIX, p.300)

  • Les livres sont agréables, mais si leur fréquentation nous fait perdre finalement la gaieté et la santé, qui sont nos meilleurs parts, laissons-les. Je suis de ceux qui pensent que leur profit ne peut pas contrebalancer cette perte. (L1, XXXIX, p.302)

  • La disposition d'esprit la plus opposée à la retraite, d'est l'ambition. La gloire et le repos sont des choses qui ne peuvent pas loger dans le même gite. (L1, XXXIX, p.304)

  • Ce qu'il vous faut rechercher, ce n'est plus que le monde parle de vous, mais comment il faut que vous parlez à vous-même. Retirez-vous en vous, mais préparez-vous premièrement à vous y recevoir : ce serait folie, de vous fier à vous-même si vous ne savez pas vous gouverner. (L1, XXXIX, p. 305)

  • ..l'une des plus grande sagesses dans l'art militaire, c'est de ne pas pousser son ennemi au désespoir. (L1, XLVII, p.347)

  • Me voici devenu grammairien, moi qui n'appris jamais de langue que par la routine et qui ne sait pas encore ce que c'est qu'un adjectif, le subjonctif et l'ablatif :... (L1, XLVIII, p.354)

  • J'excuserais volontiers dans notre peuple le fait de n'avoir pas d'autres modèle et d'autre règle de perfection que ses propres meurs et ses usages habituels : c'est en effet, une erreur ordinaire, non pas seulement du vulgaire, mais de presque tous les hommes, d'avoir leur vue fixée sur les façons de vivre au milieu desquelles ils sont nés et de ne rien chercher au-delà. (L1, XLIX, p. 366)

  • [Jeu d'échecs :] Jeu que je déteste et que je fuis parce qu'il n'est pas assez un jeu et qu'il nous divertit de façon trop sérieuse : j'ai honte de lui consacrer l'attention qui suffirait à faire quelques bonnes chose. (L1, L, p.373)

  • ..chaque parcelle [d'un homme], chaque occupation le révèle et le montre aussi bien qu'un autre. (L1, L, p.374)

  • Un homme dont la paillardise gouverne sans cesse la tête et qui la juge très odieuse aux yeux de Dieu, que dit-il à Dieu quand il lui parle ? (L1, LVI, p.393)

  • Il ne faut pas demander que les choses se conforment à notre volonté, mais qu'elles se conforment à la sagesse. (L1, LVI, p.401)

  • Quelle sottise que de s'attendre à mourir d'un affaiblissement de nos forces qu'apporte l'extrême vieillesse, vu que c'est la plus rare de toutes et la moins répandue ! C'est la seule que nous appelons naturelle comme s'il était contre nature de voir un homme se rompre le cou dans une chute, se noyer dans un naufrage, se laisser surprendre par la peste ou par une pleurésie et comme si notre condition naturelle ne nous exposait pas à tous ces fâcheux accidents. Ne nous flattons pas de ces beaux mots : on doit, peut-être, plutôt appeler naturel ce qui est général, commun et universel. Mourir de vieillesse, c'est une mort rare, exceptionnelle et extraordinaire et, par suite, moins naturelle que les autres ;... (L1, LVII, p.402)

  • A renvoyer des hommes au repos avant cinquante-cinq ans ou soixante ans, il me semble qu'il n'y a pas grande apparence de raison. Je serais d'avis qu'on étendit notre profession et occupation autant qie l'on pourrait dans l'intérêt public. (L1, LVII, p.403)

    (Edition Gallimard,Collection Quarto,2009 - Adaptation en français moderne par André Lanly ISBN 978-2-07-012242-4)


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Essais - Livre second


  • Nul vent n'est bon pour celui qui n'a pas de port de destination. (L2, I, p.416)

  • Le pire état de l'homme, c'est quand il perd la connaissance et la contrôle de soi. L2, II, p.420)

  • La mort la plus volontaire, c'est la plus belle. La vie dépend de la volonté d'autrui ; la mort, de la nôtre. (L2, III, p.432)

  • Quant à l'opinion qui dédaigne notre vie, elle est ridicule. Car enfin la vie, c'est notre « être », c'est notre tout. (L2, III, p.436)

  • C'est une dangereuse invention que celle des tortures, et il semble que ce soit plutôt une épreuve d'endurance que de vérité. (L2, V, p.454)

  • Je n'imagine aucun état pour moi aussi insupportable et horrible que d'avoir l'âme vivante et affligée, sans aucun moyen de l'exprimer ;... (L2, VI, p.462)

  • Mon métier et mon art, c'est vivre. (L2, VI, p.467)

  • Ce ne sont pas mes actes que je décris, c'est moi, mon essence. J'estime qu'il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleusement pour en porter témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S'il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l'entonnerai à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c'est de la sottise, non de la modestie. (L2, VI, p.467)

  • Avec de l'argent on paie les services d'un valet,... (L2, VI, p.470)

  • C'est une injustice de voir qu'un père vieux, cassé par l'âge et demi-mort, jouisse seul, à un coin du foyer, des biens qui suffiraient à la promotion et à l'entretien de plusieurs enfants, et qu'il les laisse pendant ce temps perdre leurs meilleures années sans se consacrer au service public pour acquérir une meilleure situation ou à la connaissance des hommes. (L2, VIII, p.476)

  • Un père est bien malheureux s'il ne garde l'affection de ses enfants que grâce au besoin qu'ils ont de son secours - si cela peut s'appeler affection. Il faut se rendre respectable par sa valeur et par ses capacités et aimable par sa bonté et par la douceur de son comportement. (L2, VIII, p.477)

  • Je condamne toute violence dans l'éducation d'une âme tendre que l'on forme pour l'honneur et la liberté. Il y a je ne sais quoi de servile dans la sévérité et dans la contrainte, et j'estime que ce qui ne peut pas se faire par la raison, et par sagesse et habilité, ne se fait jamais par la force. (L2, VIII, p.477)

  • Je n'ai pas vu les verges produire d'autre effet que de rendre les âmes plus molles ou plus obstinées dans le mal. (L2, VIII, p.478)

  • Quand bien même je pourrais me faire craindre, j'aimerais encore mieux me faire aimer. (L2, VIII, p.482)

  • Si les autres me trompent, je ne me trompe du moins pas moi-même en allant m'estimer capable de me préserver de leur tricherie ni en me rongeant la cervelle pour me rendre capable de le faire. Je me sauve de semblables trahisons en me réfugiant en moi-même, non pas avec curiosité pleine de trouble et d'agitation, mais plutôt en évitant de penser à cela et avec la résolution de ne pas y penser. (L2, VIII, p.485)

  • Quand j'entends parler de la situation de quelqu'un, je ne m'attarde pas sur son cas ; je tourne immédiatement les yeux vers moi pour voir comment je suis à ce sujet. Tout ce qui le concerne me regarde. Ce qui lui arrive m'avertit et attire mon attention de ce côté-là. (L2, VIII, p.485)

  • Je me hâte de me faire connaître et de me présenter, car je ne veux pas qu'on s'y trompe, de quelque côté que ce soit. (L2, VIII, p.486)

  • il serait toutefois, à la vérité, bien plus contraire à la nature de faire dépendre les mères du pouvoir de décision de leurs enfants. (L2, VIII, p.487)

  • Et si je suis un homme qui a quelques lectures, je suis un homme qui n'a aucune mémoire. (L2, X, p.499)

  • ..ce que je fais dire par les autres [ en les citant ] ce que je ne peux pas aussi bien dire, tantôt à cause de la faiblesse de mon langage, tantôt à cause de la faiblesse de mon intelligence. Je ne compte pas mes emprunts, je les pèse. (L2, X, p.499)

  • Je souhaiterais bien avoir une plus parfaite intelligence des choses, mais je ne veux pas l'acheter aussi cher qu'elle coute. Mon dessein est de passer doucement et non laborieusement ce qui me reste de vie. Il n'y a rien pour quoi je veuille me rompre la tête, pas même la science, quelque grande que soit sa valeur. Je ne cherche dans les livres que le moyen de me donner du plaisir pour une honnête distraction, ou, si j'étudie, je n'y cherche que la science qui traite de la connaissance de moi-même - et une science qui m'apprenne à bien mourir et à bien vivre... (L2, X, p.501)

  • Si tel livre me déplaît, j'en prends un autre, et je ne me livre à cette lecture qu'aux heures où l'ennui de ne rien faire commence à me saisir. (L2, X, p.501)

  • Je vois que plusieurs vertus comme la chasteté, la sobriété et la tempérance peuvent arriver jusqu'à nous du fait de notre faiblesse corporelle. (L2, XI, p.520)

  • Ma vertu, c'est une vertu, ou pour mieux dire une innocence, accidentelle et fortuite. Si j'étais né avec un tempérament plus dérèglé, je crains que ma vie n'eût pris un tour lamentable. Car je n'ai guère fait l'expérience de la fermeté dans mon âme pour soutenir l'assaut des passions si elles avaient été un tant soit peu violentes. (L2, XI, p.521)

  • Je hais, entre autres vices, cruellement la cruauté et par nature et par jugement en la considérant comme le plus grand de nos vices. (L2, XI, p.524)

  • Les morts, je ne les plains guère, et je les envierais plutôt ; mais je plains bien fort les mourants. Les sauvages ne me choquent pas autant parce qu'ils rôtissent et mangent les corps des morts que ceux qui les torturent et les persécutent vivants. (L2, XI, p.525)

  • Quant à moi, tout ce qui, dans la justice même, est a delà de la mort simple, me semble une pure cruauté, et notamment chez nous, qui devrions nous soucier d'envoyer [à Dieu] les âmes en bon état, ce qui ne peut pas être fait quand nous avons ébranlées de désespérées par des tortures insupportables. (L2, XI, p.525/526)

  • Les naturels sanguinaires à l'égard des bêtes montrent une propension naturelle à la cruauté.
    Après que l'on se fut familiarisé à Rome avec les spectacles des meurtres des animaux, on en vint aux hommes et aux gladiateurs. La nature, je le crains, attache elle-même à l'homme quelque instinct qui le porte à l'inhumanité. (L2, XI, p.528)

  • Quand bien même les animaux n'aurait pas ces avantages, il y a pourtant un certain égard et un devoir général d'humanité qui nous attache nous seulement aux bêtes qui ont vie et sensibilité, mais aux arbres eux-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la douceur et la bienveillance aux autres créatures qui peuvent être capables de les ressentir. Il y a quelques relations sociales entre elles et nous, et quelques obligations mutuelle. Je ne crains pas d'avouer la tendresse de ma nature, si puérile que je ne peux franchement pas refuser à mon chien la fête qu'il me fait ou il me demande quand ce n'est pas le moment. (L2, XI, p.530)

  • La plupart des personnes libres abandonnent également pour de bien maigres avantages leur vie et leur personne au pouvoir d'autres hommes. (L2, XII, p.560)

  • [Guerre de Troie :]
    Toute l'Asie se perdit et se ruina dans des guerres à cause de l'adultère de Pâris. L'envie d'un seul homme, un dépit, un plaisir, une jalousie privée, causes qui ne devraient pas pousser deux harengères à s'égratigner, c'est l'âme et le point de départ de toute cette grande tempête. (L2, XII, p.576)

  • Enfin tout ce qui n'est pas comme nous sommes n'est rien qui vaille. Et Dieu même, pour avoir l'air d'être quelqu'un, il faut qu'il nous ressemble. (L2, XII, p.590)

  • Si l'homme était sage, il estimerait véritablement chaque chose selon qu'elle serait la plus utile et la plus approprié à sa vie. (L2, XII, p.592)

  • La peste de l'homme c'est de penser qu'il sait. (L2, XII, p.593)

  • Il y a une concordance générale entre tous les philosophes de toutes sectes sur le point suivant,[à savoir] que le souverain bien réside dans la tranquillité de l'âme et du corps. (L2, XII, p.593)

  • Il semble, à la vérité que la Nature, pour nous consoler de notre état misérable et chétif, ne nous ait donnée en partage que la présomption. (L2, XII, p.594)

  • Notre bien-être n'est que la privation du mal-être. Voilà pourquoi la secte philosophique qui a le plus célébré la volupté l'a ramenée à la seule absence de douleur. Le fait de n'avoir pas de mal, c'est avoir le plus [grand] bien que l'homme puisse espérer ;... (L2, XII, p.599)

  • Je suis heureux de n'être pas malade ; mais si je le suis, je veux savoir que hje le suis ; et si on me cautérise ou si on m'incise, je veux le sentir. A la vérité si l'on déracinait la connaissance du mal, on extirperait du même coup la connaissance de la volupté et enfin on anéantirait l'homme :... (L2, XII, p.600)

  • De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion, celle qui me semble avoir le plu de vraisemblance et être la plus acceptable, c'est celle qui reconnaissait Dieu comme une puissance incompréhensible,... (L2, XII, p.624)

  • Tout bonheur des mortes est mortel. (L2, XII, p.630)

  • L'homme ne peut être que ce qu'il est et ne peut penser que selon sa portée. (L2, XII, p.633)

  • Cette idée [sur le doute] se conçoit plus surement par une interrogation : «Que sais-je ?» comme je le porte avec l'emblème d'une balance. (L2, XII, p.642)

  • Rien sans âme et sans raison, ne peut produire un être animé capable de raison. Le monde nous produit : il donc une âme et raison. Chaque part de nous est moins que nous. Nous sommes une part du monde. Le monde est donc pourvu de sagesse et de raison et plus abondamment que nous sommes. (L2, XII, p.646)

  • Et assurément la philosophie n'est qu'une poésie sophistiquée. (L2, XII, p.654)

  • De même aussi pour le reste [du savoir] la philosophie nous présente non pas ce qui est, ou ce qu'elle croit, mais ce qu'elle forge, à son avis, de plus vraisemblable et de plus séduisant. (L2, XII, p.655)

  • Quiconque est cru dans ses présuppositions, est notre maître et notre Dieu : il prendra le plan de ses fondements si ample et si facile que, grâce à eux, il pourra nous faire monter, s'il veut jusqu'aux nues.
    ......

    A ceux qui combattent par présupposition, il faut opposer, par une autre présupposition, et en la renversant, l'axiome qui est sujet du débat, car toute présupposition humaine et toute énonciation à autant d'autorité que l'autre si la raison ne fait par entre elles la différence. (L2, XII, p.659)

  • Le sentiment de certitude est un certain signe de folie et d'extrême incertitude, et il n'y a pas de gens plus fous ni moins philosophe que les philodoxes de Platon. (L2, XII, p.660)

  • Il n'y a pas de jugement humain si appliqué soit-il qui ne sommeille parfois. (L2, XII, p.663)

  • Si l'on fagotait avec habilité un amas des âneries de la sagesse humaine ( il faut comprendre des philosophes, la philosophie) on dirait des choses étonnantes. (L2, XII, p.665)

  • Et si l'on ne se comprend pas soi-même, que peut-on comprendre ? (L2, XII, p.680)

  • Assurément il y a peu d'âmes assez équilibrées, assez fortes et assez bien nées pour que l'on puisse se fier à elles, pour leur propre conduite et pour qu'elles puissent, avec modération et sans témérité, voguer dans la liberté de leurs jugements au-delà des opinions communes. (L2, XII, p.682)

  • Au moins notre condition faillible devrait-elle nous faire adopter une conduite plus modérée et plus réservée dans nos changements. (L2, XII, p.688)

  • Dans mes écrits eux-mêmes je ne retrouve pas toujours l'air de ma première idée : je ne sais pas ce que j'ai voulu dire et je me brûle souvent les doigts à corriger et à y mettre un nouveau sens parce que j'ai perdu le premier qui valait mieux. (L2, XII, p.690/691)

  • Quant à moi, je ne m'estime pas assez fort pour entendre de sang-froid des vers d'Horace ou de Catulle d'une voix talentueuse par une personne jeune et belle. Et ([je pense que ] Zénon avait raison de dire que la voix était la fleur de la beauté. (L2, XII, p.724)

  • Nos sens sont non seulement altérés mais souvent entièrement émoussés par les passions de l'âme. Combien de choses sont sous nos yeux que nous n'apercevons pas si nous avons l'esprit occupé ailleurs ! (L2, XII, p.727)

  • Il va partout ainsi ; la difficulté donne du prix aux choses. (L2, XV, p.748)

  • Nous défendre une chose, c'est nous en donner l'envie. (L2, XV, p.749)

  • La beauté, toute puissance qu'elle est, n'a pas le moyen de se faire savourer sans cette entremise. [= de la difficulté à vaincre la pudeur de celle que l'on veut conquérir] (L2, XV, p.750)

  • Un gentilhomme a tort de montrer ostensiblement qu'il est en défense s'il ne l'est pas parfaitement. (L2, XV, p.752)

  • Si nous ne tirons pas de nous-mêmes la loi [qui ordonne] de bien faire, si l'impunité est pour nous la justice, à combien de sortes de méchancetés nous aurons lieu tous les jours de nous laisser aller ! (L2, XVI, p.757)

  • La vertu est une chose bien vaine et frivole si elle tire son titre d'estime de la gloire. (L2, XVI, p.758)

  • J'admire l'assurance et la sûreté que chacun a de soi tandis qu'il n'y a presque rien que je sois sûr et que j'ose être assuré de pouvoir faire (L2, XVII, p.773)

  • Je pense que j'appartiens à la sorte commune, sauf que je me considère ainsi : coupable des défauts les plus bas, les plus vulgaires, mais sans que je les désavoue, sans que je leur cherche des excuses ; et je ne m'estime que du fait que je sais ce que je vaux. (L2, XVII, p.773)

  • En toute matière je dis habituellement les choses le plus importante que je connais. (L2, XVII, p.777)

  • La beauté est un élément de grande importance dans les relations entre les hommes ; c'est le premier moyen de conciliation des uns avec les autres et il n'y a pas d'homme si barbare et si hargneux qui ne se sente en quelque façon frappé de se douceur. (L2, XVII, p.778)

  • La première distinction qui ait été [faite] entre les hommes et la première considération qui donna la prééminence aux uns sur les autres, ce fut vraisemblablement l'avantage de la beauté. (L2, XVII, p.779)

  • Ce que je serai dorénavant [que je suis vieux], ce ne sera plus qu'un demi-être, ce ne sera plus moi. Je m'échappe tous les jours, et je me dérobe à moi. (L2, XVII, p.781)

  • J'en suis, en effet, à ce point que, sauf pour la santé et la vie, il n'y a chose pour laquelle je veille me ronger les ongles et que je veille acheter au prix du tourment de l'esprit et de la contrainte. (L2, XVII, p.782)

  • Faute d'avoir assez de fermeté pour supporter le désagrément des évènements défavorables auxquels nous somme exposés, et parce que je ne peux pas me maintenir pour régler mes affaires et y mettre ordre, je nourris en moi, en m'abandonnant entièrement à la Fortune, cette façon de penser [qui consiste] à prendre toutes choses au pire ; et ce pire-la, à me réesoudre à le supporter avec une douce résignation et en patience. C'est à cela seul que je travaille et le but auquel j'achemine toutes mes réflexions. (L2, XVII, p.782/783)

  • L'avare à plus à souffrir de sa passion que le pauvre [de sa pauvreté], et le jaloux que le cocu. (L2, XVII, p.783)

  • ...il y a souvent moins de désagrément à perdre sa vigne qu'à plaider [pour la garder]. (L2, XVII, p.783)

  • Celui qui est déloyal envers la vérité l'est aussi envers le mensonge. (L2, XVII, p.788)

  • ...car qui a jamais pensé qu'il manquait de jugement ? (L2, XVII, p.798)

  • On dit communément que le plus juste partage que la nature nous ait fait de ses faveurs, c'est celui du bon sens, car il n'y a aucun homme qui ne se contente de la part qu'elle lui en a distribuée.
    [à comparer avec Descartes : Le bon sens est la chose la mieux partagée... début du "Discours de la méthode] (L2, XVII, p.799)

  • Même à mes ennemis je rends franchement témoignage d'honneur dans la mesure ou je le dois. Mes sentiments changent, mon jugement non. (L2, XVII, p.801)

  • Je retombe volontiers sur le sujet de l'ineptie de notre éducation ; elle a eu pour but de nous rendre non pas bons et sages, mais savants ; elle y est arrivée. Elle ne nous a pas appris à rechercher et à embrasser la vertu et la sagesse, mais elle nous a appris l'étymologie et la dérivation [des ces mots]. (L2, XVII, p.802)

  • Le commerce entre les hommes étant conduit par la seule voie de la parole, celui qui la fausse trahit la société publique. (L2, XVII, p.810)

  • Qui ne voit que dans un Etat, tout dépend de la façon dont il élève et éduque les enfants ? Et cependant, sans aucun discernement, on laisse cette éducation à la merci des parents, si sots et méchants qu'ils soient. (L2, XVII, p.864)

  • Il n'y a pas de passion qui ébranle autant la pureté des jugements que la colère. Aucun[homme] n'hésiterait à punir de mort le juge qui, par colère, aurait condamné un inculpé : pourquoi est-il permis alors aux pères et aux maîtres d'école de fouetter et de châtier les enfants sous le coup de la colère ? Ce n'est plus une correction, c'est une vengeance. Le châtiment tient lieu de médication pour les enfants : supporterions-nous un médecin qui serait irrité et courroucé contre son patient ?
       Nous-mêmes pour bien faire, nous ne devrions jamais porter la main sur nos serviteurs tant que dure notre colère. (L2, XVII, p.865)

  • Un homme de bonne moralité peut avoir des idées fausses, et un méchant peut prêcher une vérité - même celui qui ne la croit pas. (L2, XVII, p.866)

  • Les hommes sont tellement attachés à leur existence malheureuse qu'il n'y a pas d'état, si rude soit-il, qu'ils n'acceptent pour s'y maintenir ! (L2, XXXVII, p.920)

  • C'est une chose précieuse que la santé et la seule qui mérite, à la vérité, qu'on y emploie non seulement le temps, la sueur, la peine, les biens, mais encore que l'on passe sa vie à la rechercher, parce que, sans elle, la vie vient pour nous à être pénible et affligeante. (L2, XXXVII, p.927)

  • C'était uen bonne règle dans leur art [ceux des médecins] - et une règle qui accompagne tous les arts chimériques, vains et surnaturels - [ que celle qui édictait] qu'il faut que la foi du patient imagine d'avance, avec une bonne espérance et une belle confiance, leur action et leur effet. (L2, XXXVII, p.933)

    (Edition Gallimard,Collection Quarto,2009 - Adaptation en français moderne par André Lanly ISBN 978-2-07-012242-4)


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Essais - Livre troisième

C'est le plus intéressant des trois. Il a été écrit une dizaine d'années après les deux premiers. Je ne reprends qu'une partie des citations. Il y en a beaucoup plus qui mériteraient de l'être : Allez donc voir l'original, vous ne le regretterez pas !!!


  • Personne n'est exempt de dire des sottises. Le malheur est de les dire avec sérieux. (L3, I, p.955)

  • Le bien public demande qu'on trahisse et qu'on mente et aussi qu'on massacre : abandonnons cette tâche à des gens plus obéissants et plus souples. (L3, I, p.956)

  • .. négociateur [encore] tendre et novice, j'aime mieux faillir à ma mission que faillir à moi-même. (L3, I, p.957)

  • Celui qui est infidèle à lui-même a quelque excuse de l'être à son maître. (L3, I, p.961)

  • Les autres [écrivains] façonnent l'homme ; moi je le raconte, et je peins un homme particulier bien mal formé, et si j'avais à le façonner de nouveau, je le ferais vraiment bien autre qu'il n'est. Mais désormais c'est fait. (L3, II, p.961)

  • J'expose une vie humble et sans gloire ; cela n'a pas d'importance : on attache aussi bien toute philosophie morale à une vie ordinaire et privée qu'à une vie de plus riche étoffe : chaque homme porte [en lui] la forme entière de la condition humaine. (L3, II, p.975)

  • Un personnage savant n'est pas savant en tout, mais l'homme de talent est capable en tout, même dans l'ignorance. (L3, II, p.976)

  • Je n'enseigne pas, je raconte. (L3, II, p.976)

  • Fonder la récompense des actions vertueuses sur l'approbation des autres, c'est prendre un fondement trop incertain et trop trouble. (L3, II, p.977)

  • Il n'y a que vous qui sachiez si vous êtes tâche et cruel ou loyal et plein de dévotion ; les autres ne vous voient pas, ils vous devinent par d'incertaines conjectures ; ils ne voient pas tant votre nature que votre art. (L3, II, p.977)

  • ...Sans compter que l'ordre est une vertu morne et sombre. Emporter une brèche, conduire une ambassade, administrer un peuple, ce sont des actions éclatantes. Réprimander, rire, vendre, payer, aimer, haïr et avoir commerce avec les siens et avec soi-même avec douceur et équité, ne pas se laisser aller, ne pas se contredire par ses actes, c'est une chose plus rare, plus difficile et moins remarquable. (L3, II, p.980)

  • Nous nous préparons aux occasions éminentes plus par [désir de ] gloire que par conscience. La plus sûre façon d'arriver à la gloire, ce serait de faire par conscience ce que nous faisons pour la gloire. (L3, II, p.980)

  • La valeur de l'âme ne consiste pas à aller haut, mais d'aller d'un pas réglé. (L3, II, p.980)

  • Je prise peu mes opinions, mais je prise aussi peu celles des autres. (L3, II, p.987)

  • Nous appelons «sagesse» nos caractères difficiles, le dégoût des choses présentes. (L3, II, p.990)

  • ..les sociétés où l'on accepte le moins d'inégalité entre les valets et les maîtres me paraissent les plus équitables. (L3, III, p.994)

  • Nos folies ne me font pas rir, ce sont nos sagesses qui le font. (L3, III, p.997)

  • C'est le véritable avantage des dames que la beauté. (L3, III, p.1001)

  • Malheureux à mon gré est celui qui n'a pas chez lui [un coin] où il puisse être à lui, où il puisse se faire une cour particulière, où il puisse se cacher ! (L3, III, p.1003)

  • Je n'ai rien jugé d'aussi rude dans l'austérité de vie que pratiquent nos religieux que ce que je vois dans leurs ordres : avoir pour règle une perpétuelle communauté de lieu et une assistance nombreuse de leurs compagnons en quelques actions que ce soit. Et je trouve en quelque sorte plus supportable d'être toujours seul que de ne pouvoir jamais l'être. (L3, III, p.1003/1004)

  • Si quelqu'un me dit que c'est avilir les muses que de s'en servir seulement comme jouet et passe-temps, il ne sait pas, comme moi, quelle est la valeur du plaisir, du jeu et du passe-temps. Peu s'en faut que je ne dise que tout autre but est ridicule. Je vis au jour le jour, et sauf votre respect, je ne vis que pour moi : mes desseins se bornent là. Jeune, j'ai étudié pour l'ostentation ; depuis, un peu pour devenir sage ; à l'heure actuelle, pour me divertir ; jamais pour le profit. (L3, III, p.1004)

  • Peu de chose nous distrait et nous détourne car peu de chose nous tient. (L3, IV, p.1012)

  • Je voyais la mort de façon insouciante quand je la voyais d'ensemble, comme fin de la vie : en bloc je la domine ; par le menu, elle me harcèle. (L3, IV, p.1013)

  • Moi je renonce dès à présent aux témoignages favorables que l'on voudra me décerner non parce que j'en serai digne, mais parce que je serai mort. (L3, IV, p.1015)

  • La sagesse à ses excès et n'a pas moins besoin de modération que la folie. (L3, V, p.1018)

  • Je marquais autrefois les jours pénibles et sombres comme des jours extraordinaires : ce sont à présent mes jours ordinaires ; ce sont les jours beaux et sereins qui sont extraordinaires. A ce train-là je m'en vais bientôt sauter de joie comme si je recevais une faveur quand aucune part de moi-même ne me fera mal. (L3, V, p.1019)

  • Au reste je me suis ordonné d'oser dire tout ce que j'ose faire, et je suis mécontent même de mes pensées impubliables. La pire de mes actions et de mes matières de vivre ne me semble pas aussi laide que je trouve laid et lâche de ne pas oser l'avouer. Chacun est discret dans la confession ; on devrait l'être dans l'action : la hardiesse de faire une faute est en quelque façon compensée et bridée par la hardiesse de confesser qu'on a failli. Celui qui s'obligerait à tout dire, s'obligerait à ne rien faire de ce que l'on est contraint de taire. (L3, V, p.1023)

  • Il faut voir son vice et l'étudier pour le raconter. Ceux qui le cachent à autrui, le cachent ordinairement à eux-mêmes. Et ils pensent qu'il n'est pas assez caché s'ils le voient ; ils le soustraient et le déguisent à leur propre conscience. (L3, V, p.1023)

  • On ne se marie pas pour soi, quoi qu'on dise ; on se marie autant ou plus pour la postérité, pour sa famille. La pratique et le bienfait du mariage concerne notre famille bien au-delà de nous. (L3, V, p.1028)

  • Un bon mariage, s'il en existe, refuse la compagnie et les manières de vivre de l'amour. Il tâche d'imiter celles de l'amitié. C'est une douce communauté de vie, pleine de continuité, de confiance et d'un nombre infini d'utiles et solides services et d'obligations mutuelles. (L3, V, p.1030)

  • Quand il fera le passionné et l'empressé ailleurs, qu'on lui demande pourtant alors à qui il aimerait mieux qu'arrivât une honte, ou à sa femme ou à sa maîtresse, de qui le malheur l'affligerait le plus, pour qui il désire le plus de grandeur : [ la réponse à ] ces questions ne fait aucun doute dans un mariage solide. (L3, V, p.1031)

  • Ce n'est pas parce que je hais la superstition que je me jette immédiatement dans l'irréligion. (L3, V, p.1032)

  • Les femmes n'ont pas tout à fait tort quand elles refusent les règles de vie qui sont en usage dans le monde parce que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles. (L3, V, p.1033)

  • Notre exaspération immodérée et illégitime contre ce vice [ des femmes ] vient de la maladie la plus vaine et la plus tempétueuse qui afflige les âmes humaines et qui est la jalousie. (L3, V, p.1045)

  • [ La Jalousie ] C'est parmi les maladies de l'esprit, celle à qui le plus de choses servent d'aliment et le moins de choses de remède. La force, la santé, le mérite, la réputation du mari sont les boutefeux [=ce qui excitent] de leur mauvaise passion et de la rage.
       Cette fièvre enlaidit et gâte tout ce qu'elles ont de beau et bon par ailleurs ; et chez une femme jalouse, quelque chaste et bonne maîtresse de maison qu'elle soit, il n'est action qui ne sente l'aigre et l'agaçant. (L3, V, p.1047)

  • Les artifices et les grimaces des dames ne trompent que les sots. (L3, V, p.1050)

  • Et puis quel profit espérez-vous de la pénible inquiétude [que vous donne la jalousie] ? Car quelque bon droit qu'il y ait dans cette passion, encore faudrait-il voir si elle nous emporte utilement. Y a-t-il quelqu'un qui pense [pouvoir] boucler les femmes par son habilité ? (L3, V, p.1052)

  • La curiosité est partout un défaut, mais elle est pernicieuse ici. C'est une folie de vouloir s'informer d'un mal pour lequel il n'y a nul remède qui ne l'aggrave et ne le renforce ; dont la honte est augmentée et rendue publique principalement par la jalousie ; dont la vengeance blesse plus nos enfants qu'elle ne nous guérit. (L3, V, p.1052)

  • Il faut s'ingénier à éviter cette douloureuse et inutile connaissance. (de l'infidélité] (L3, V, p.1053)

  • Les amertumes comme les douceurs du mariage sont gardées secrètes par les sages. Et, entre autres importunes propriétés qui se trouve dans cette union, celle-qui suit, pour un homme bavard comme moi, est l'une des principales : c'est que la coutume rend indécent et nuisible que l'on communique à quelqu'un tout ce que l'on en sait et tout ce que l'on en ressent. (L3, V, p.1054)

  • Il s'y connaissait, ce me semble, celui qui a dit qu'un bon mariage se faisait entre une femme aveugle et un mari sourd. (L3, V, p.1054)

  • Nous sommes, presque en tout, des juges iniques des actions des femmes, comme elles le sont des nôtres. (L3, V, p.1072)

  • L'application aux petites choses nous éloigne des choses pressantes. (L3, V, p.1076)

  • Notre vie est pour partie folie, sagesse pour partie. Celui qui dans ses écrits n'en parle que de manière respectueuse et conforme aux convenances en laisse de côté plus de la moitié. (L3, V, p.1076)

  • Je dis que les mâles et les femelles sont jetés dans un même moule : à part l'éducation et la coutume, la différence entre eux n'est pas grande. (L3, V, p.1087)

  • Il est trop facile d'inculper la libéralité en celui qui a les moyens d'y pourvoir autant qu'il veut aux frais des autres. (L3, VI, p.1094)

  • Si la libéralité d'un prince est sans discernement et sans mesure, j'aime mieux qu'il soit avare. (L3, VI, p.1094)

  • Les sujets d'un prince excessif en dons se rendent excessifs en demandes ; ils s'ajustent non à la raison, mais à l'exemple. (L3, VI, p.1095)

  • Selon notre façon, ce n'est jamais fini : le [bienfait] reçu n'est plus mis en compte : on n'aime en fait de libéralité que celle qui est future : c'est pourquoi plus un prince s'épuise en donnant, plus il s'appauvrit d'amis. Comment assouvirait-il des envies qui croissent à mesure qu'elles se remplissent ? Celui qui a sa pensée [occupée] à prendre, ne pense plus à ce qu'il a pris. La convoitise n'a de caractéristique plus proprement sienne que d'être ingrate. (L3, VI, p.1095)

  • J'aiguise mon courage en prenant la voie de la patience, je l'affaiblis en suivant mon désir. (L3, VII, p.1110)

  • J'ai de l'aversion pour l'autorité, celle que l'on exerce et celle que l'on supporte. (L3, VII, p.1112)

  • Il y a peu de choses sur lesquelles nous puissions porter un jugement sincère, parce qu'il y en a peu pour lesquelles nous n'ayons, en quelque façon, un intérêt personnel. (L3, VII, p.1112)

  • C'est une pitié d'avoir un pouvoir tel qu'il arrive que toutes choses vous cèdent. (L3, VII, p.1113)

  • C'est un usage de notre justice que de condamner certains [individus] pour donner un avertissement aux autres. (L3, VIII, p.1116)

  • On ne corrige pas celui qu'on pend, on corrige les autres par lui. (L3, VIII, p.1116)

  • Mais tout compte fait, on ne parle jamais de soi sans préjudice : les condamnations que l'on porte contre soi sont toujours accrues, [et] les louanges ne sont pas crues. (L3, VIII, p.1116)

  • Tous les jours le sot comportement d'un autre me donne un avertissement et un conseil. (L3, VIII, p.1116)

  • La sottise est une mauvaise manière d'être ; mais ne pas pouvoir la supporter et s'en irriter, s'en tourmenter, comme cela m'arrive, c'est une autre sorte de maladie qui ne le cède guère à la sottise pour la gêne qu'elle apporte, et c'est ce qu'à présent je veux blâmer chez moi. (L3, VIII, p.1118)

  • Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m'avance vers celui qui me contredit, qui m'instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l'un et de l'autre. (L3, VIII, p.1119)

  • Ma pensée se contredit elle-même si souvent, et se condamne, qu'il revient au même pour moi qu'un autre le fasse, vu principalement que je ne donne à sa critique que l'importance que je veux. (L3, VIII, p.1120)

  • Toute une journée je discuterai paisiblement si la conduite du débat se fait avec avec ordre. (L3, VIII, p.1121)

  • Nous n'apprenons à discuter que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en résulte que tout le profit de la discussion, c'est de ruiner et d'anéantir la vérité. (L3, VIII, p.1121)

  • Oh ! La vilaine et sotte étude que d'étudier son argent, de se plaire à le manier, à le peser et à le recompter ! C'est par cette voie que l'avarice fait ses approches (L3, IX, p.1153)

  • Même dans les entreprises qui sont entièrement miennes et libres, si j'en dit l'objet, il me semble que je me le prescrits, et que le porter à la connaissance d'autrui, c'est se l'imposer à l'avance ; il me semble que je le promets quand je le dis. Aussi je divulgue peu mes projets. (L3, IX, p.1169)

  • Les princes me donnent beaucoup s'ils ne m'enlèvent rien et ils me font assez de bien quand ils ne me font pas de mal ; de leur part, c'est tout ce que je demande. (L3, IX, p.1171)

  • J'essaie de n'avoir expressément besoin de personne. (L3, IX, p.1171)

  • C'est un sort pitoyable et hasardeux que de dépendre d'un autre. (L3, IX, p.1171)

  • De même que donner est une action ambitieuse et qui donne avantage, de même le fait d'accepter est acte de soumission. (L3, IX, p.1172)

  • Pour toutes ces raisons j'ai conçu une haine mortelle pour l'obligation envers autrui ou l'obligation d'un autre envers moi. J'emploie bien à fond tout ce que je peux pour m'arranger avant que j'emploie la bienfaisance d'un autre en quelque circonstance que ce soit, ou futile ou importante. Mes amis m'importunent extraordinairement quand ils me demandent d'adresser une requête à un tiers [en leur faveur].... (L3, IX, p.1173)

  • De même que la vie n'est pas la meilleure parce qu'elle est longue, de même la mort est la meilleure parce qu'elle est n'est pas longue. (L3, IX, p.1173)

  • Je considère tous les hommes comme mes compatriotes, et j'embrasse un Polonais comme un Français, en faisant passer ces liens nationaux après les liens universels et communs [à tous les hommes]. (L3, IX, p.1177)

  • Assurément le plus grand déplaisir de mes voyages ce que je ne puisse y apporter la résolution d'établir ma demeure où je me plairais et qu'il me faille toujours décider de revenir, pour me conformer aux sentiments de tout le monde. (L3, IX, p.1182/1183)

  • [les amis :] Nous ne nous contentons pas de les voir sensibles à nos maux s'ils n'en sont pas abattus aussi. Il faut étendre la joie, mais restreindre autant qu'on peut la tristesse (L3, IX, p.1184) [YF : Je souligne]

  • Celui qui se fait plaindre sans raison [valable] ne mérite pas d'être plaint quand il y aura une [bonne] raison. On mérite de n'être jamais plaint quand on se plaint toujours, en faisant si souvent l'homme digne de pitié que l'on n'apitoie personne. Celui qui, vivant, se fait mort s'expose à être tenu pour vivant quand il est mourant. (L3, IX, p.1184)

  • Je m'aperçois que la publication [des Essais] de ma manière de vivre a pour moi ce profit inespéré : c'est qu'elle me sert en quelque façon de règle. Il me vient parfois quelque préoccupation de ne pas trahir ma vie. (L3, IX, p.1185) [YF : lire la suite dans le livre]

  • Je me trouverais mieux dans un pays où les ordres [de préséances]seraient ou réglés ou méprisés. Entre les hommes, dés que la contestation au sujet de la place à prendre pour marcher [dans une file] ou s'assoir [à une table] dépasse trois répliques, elle est incivile. Je ne crains pas de céder [le pas] ou de précéder contrairement à mon droit pour éviter une aussi importune contestation, et jamais homme n'a eu envie de la préséance sur moi sans que je la lui aie laissée. (L3, IX, p.1186)

  • La décrépitude est un état qui exige la solitude. (L3, IX, p.1187)

  • Ce que je n'aurai pas décidé dans mes affaires quand j'étais en pleine santé, qu'on ne s'attende pas à ce que je le fasse malade. Ce que je veux faire pour le service de la mort est toujours fait: je n'oserais pas le différer d'un seul jour. Et s'il n'y a rien de fait, cela signifie ou que le doute aura retardé sur ce point mon choix - car c'est parfois bien choisir que de ne pas choisir - ou que je n'aurai absolument rien voulu faire. (L3, IX, p.1188)

  • On dit bien vrai [quand on affirme] qu'un «honnête homme», c'est un «homme mêlé». (L3, IX, p.1192)

  • Nul plaisir n'a de goût pour moi sans communication. (L3, IX, p.1193)

  • L'innocence civile se mesure selon les lieux et les temps. (L3, IX, p.1201)

  • Les noms de mes chapitres n'en embrassent pas toujours la matière ;... (L3, IX, p.1203)

  • Les hommes se donnent en louange. Leurs facultés ne sont pas pour eux, elles sont pour ceux à qui ils s'asservissent ; ce sont ceux qui les louent qui sont chez eux, ce ne sont pas eux. (L3, X, p.1213)

  • Personne ne distribue son argent aux autres, chacun leur distribue son temps et sa vie ; il n'y a rien dont nous soyons aussi prodigues que de ces choses-là, et ce sont les seules dont l'avarice nous serait utile et serait louable. (L3, X, p.1214)

  • Celui qui se conduit avec plus de modération envers le gain et la perte, est toujours maître de lui ; moins il se pique et se passionne au jeu, plus avantageusement et sûrement il se conduit. (L3, X, p.1218)

  • La pauvreté des biens est facile à guérir ; la pauvreté de l'âme impossible. (L3, X, p.1218)

  • Je n'ai que faire du bien dont je ne peux rien faire. (L3, X, p.1220)

  • Il faut s'occuper de pressentir les coups, non de les subir, et d'échapper à ceux que nous ne saurions parer. (L3, X, p.1227)

  • Celui qui ne sait pas fermer la porte [aux passions] ne les chasseras pas une fois entrées. (L3, X, p.1227)

  • Il n'y a rien à quoi les hommes soient habituellement plus résolus qu'à donner libre cours à leurs opinions ;... (L3, XI, p.1241)

  • Beaucoup d'erreurs sont engendrées au monde, ou, pour le dire plus hardiment, toutes les erreurs du monde sont engendrées par le fait que l'on nous apprend à craindre d'avouer notre ignorance et que nous nous sentions tenus d'accepter tout ce que nous ne pouvons pas réfuter. (L3, XI, p.1243)

  • On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les inculque comme infaillibles. j'aime les mots suivants, qui amollissent et modèrent la témérité de nos énonciations : « Peut-être, En quelques manière, Quelque, On dit, Je pense » et [expressions] semblables. (L3, XI, p.1243)

  • Si l'on veut guérir de l'ignorance, il faut l'avouer. (L3, XI, p.1243)

  • ...nos raisonnements anticipent souvent sur le fait et ont l'étendue de leur juridiction si infinie qu'ils jugent et s'exercent dans le néant même et sur ce qui n'existe pas ? (L3, XI, p.1248)

  • En aucune chose l'homme ne sait s'arrêter à la limite de son besoin : [en matière] de plaisir, de richesse, de puissance, il embrasse plus qu'il ne peut étreindre ; son avidité est incapable de modération. (L3, XII, p.1253)

  • La vrai liberté, c'est de pouvoir toute chose sur soi. (L3, XII, p.1262)

  • Nous troublons la vie par le souci de la mort et la mort par le souci de la vie. (L3, XII, p.1269)

  • Je ne peux pas dire assez souvent combien j'estime la beauté, qualité puissante et avantageuse.[...] Elle tient le premier rang dans les relations humaines. Elle se présente devant [nous],séduit notre jugement et s'en empare aussitôt avec une grande autorité et en faisant sur lui une extraordinaire impression. (L3, XII, p.1277)

  • C'est une faible garantie que la mine : elle mérite toutefois d'être considérée.[...] Je punirais plus sévèrement la méchanceté qui a une apparence de bienveillance. (L3, XII, p.1278)

  • C'est une désastreuse instruction pour tout Etat - et bien plus dommageable qu'ingénieuse et subtile - que celle qui persuade au peuple que la croyance religieuse suffit, seule et sans une conduite morale, à contenter les dieux. L'usage nous fait voir qu'il y a une différence énorme entre la dévotion et la conscience. (L3, XII, p.1279) [YF : Je souligne]

  • Si mon visage ne répondait pas pour moi, si on ne lisait pas dans mes yeux et dans ma voix la simplicité de mon intention, je n'aurais pas duré aussi longtemps sans querelle et sans mal avec cette liberté immodérée de dire à tort et à raison ce qui me passe par la tête et de juger inconsidérément des choses.
       Cette façon de faire peut paraître incivile et mal adaptée à notre usage, mais outrageuse et méchante, je n'ai vu personne qui l'ait jugée telle ni qui ait été blessé par ma liberté s'il l'a reçue de ma bouche. Les paroles qui sont répétées ont un autre sens de même qu'elles ont un autre son. Je ne hais personne non plus, et je suis si peu porté à offenser que, pour le service de la raison elle-même, je ne peux pas le faire. (L3, XII, p.1282)

  • La conséquence que nous voulons tirer de la ressemblance des événements est peu sûre parce qu'ils présentent toujours des dissemblances : Il n'y a aucune manière d'être aussi universelle dans cette image des choses que la diversité et la variété. (L3, XIII, p.1284)

  • La Nature s'est imposé l'obligation de ne rien faire autre qui ne fût dissemblable.
       Pour cette raison, ne me plait guère l'opinion de celui qui pensait, par la multiplicité des lois, brider l'autorité des juges, en leur taillant leurs morceaux ; il ne comprenait pas qu'il y a autant de liberté et de latitude à interpréter les lois qu'à les faire. (L3, XIII, p.1284/1285)[YF : Je souligne]

  • Nous voyons combien [ce législateur] se trompait : en effet, nous avons en France plus de lois que tout le reste du monde réuni, [...] Les [lois] les plus désirables sont celles qui sont les plus simples et les plus générales ; et je crois même qu'il vaudrait mieux ne pas en avoir du tout que de les avoir en nombre tel que nous les avons. (L3, XIII, p.1285)

  • Qui ne dirait pas que les commentaires augmentent les incertitudes et l'ignorance puisqu'on ne voit aucun livre, soit humain, soit divin, auquel les hommes accordent leur attention, dont l'interprétation fasse tarir la difficulté ? (L3, XIII, p.1287)

  • Il n'y a pas de fin dans nos investigations : notre fin est dans l'autre monde. Quand notre esprit se contente, c'est pour lui un signe de raccourcissement ou de lassitude. (L3, XIII, p.1288)

  • Il y a plus de difficulté à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livre sur les livres que sur un autre sujet : Nous ne faisons que nous gloser les uns les autres. (L3, XIII, p.1289)

  • Celui qui se souvient de s'être trompé tant et tant de fois selon son propre jugement, n'est-il pas un sot de ne pas se mettre à s'en défier pour toujours ? (L3, XIII, p.1285)

  • A ma faiblesse, que j'ai si souvent reconnue, je dois le penchant que j'ai à la modestie, à l'obéissance aux croyances qui me sont prescrites, à une constante froideur et modération d'opinions, et [je dois] ma haine pour cette arrogance importune et querelleuse qui, se fiant entièrement à elle-même et ne croyant qu'elle-même est ennemie capitale de l'instruction et de la vérité. (L3, XIII, p.1296)

  • Nous donnons de la dignité à nos bêtises quand nous les imprimons. (L3, XIII, p.1304)

  • Je m'excuse aisément de ne pas savoir faire une chose qui me rendrait esclave d'autrui. (L3, XIII, p.1299)

  • Les maux mes plus graves et les plus courants sont ceux dont l'imagination nous accablent. (L3, XIII, p.1311)

  • Il faut apprendre à supporter ce que l'on ne peut éviter. (L3, XIII, p.1314)

  • Celui qui craint de souffrir souffre déjà du fait qu'il craint. (L3, XIII, p.1321)

  • J'ai n'a pas à me plaindre de mon imagination : j'ai eu peu de pensées dans ma vie qui aient seulement interrompu le cours de mon sommeil à moins qu'elles ne soient venues du désir, capable alors de m'éveiller sans m'affliger. (L3, XIII, p.1325)

  • La douleur, la volupté, l'amour, la haine, sont les premières choses que ressent un enfant ; si, lorsque la raison vient ensuite, elles s'adaptent à celle, cela c'est la vertu. (L3, XIII, p.1341)

  • [Les philosophes] veulent se mettre hors d'eux-mêmes et échapper à l'homme. C'est une folie : au lieu de se transformer en anges, ils se transforment en bêtes ; au lieu de se hausser, ils s'abaissent complètement. (L3, XIII, p.1346/1347)

  • Et sur le trône le plus élevé du monde, nous ne sommes encore assis que sur notre cul. (L3, XIII, p.1347)

    (Edition Gallimard,Collection Quarto,2009 - Adaptation en français moderne par André Lanly ISBN 978-2-07-012242-4)


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dernière mise à jour : 22/09/2015 version: 07/2015