Nikos Kazantzaki (1883-1957)

Alexis Zorba

    Je dédie ce livre à celui qui me l'a fait connaître en 1964... il se reconnaîtra s'il lit cette page.
  • Se séparer lentement des êtres aimés, qu'elle amertume ! Mieux vaut trancher dans le vif, et retrouver la solitude, climat naturel de l'homme. (p.1)

  • ... mon ami m'avait appelé « souris papivore ». Depuis, je m'en souviens, dans ce mot incarné tout mon dégout pour l'existence que je menais. (p.16)

  • - Pourquoi! Pourquoi! fit-il avec dédain. On ne peut donc rien faire sans pourquoi ? comme ça, pour son plaisir ? (p.19)

  • Je suis un homme, c'est-à-dire un aveugle. (p.23)

  • Le sens des mots art, amour, beauté, pureté, passion - cet ouvrier l'éclairait pour moi avec les mots humains les plus simples. (p.23)

  • "...Pour penser juste et honnêtement, il faut du calme, de l'âge et pas de dents. Quand on n'a plus de dents, c'est facile de dire : « C'est honteux, les gars, ne mordez pas » Mais quand on a ses trente-deux dents...C'est une bête féroce, l'homme, quand il est jeune; oui, patron, une bête féroce qui mange des hommes ! » (p.35)


  • « Moi, mon fils, j'agis comme si je ne devais jamais mourir.» Et moi, je lui réponds: « J'agis comme si je devais mourir à chaque instant. » (p.52)

  • Quand, moi, je mourrai, tout mourra. Le monde zorbesque tout entier coulera à pic! (p.81)

  • Il était né, avait grandi, s'était marié. Il avait eu des enfants et des petits-enfants. Plusieurs étaient morts, mais d'autres vivaient ; la descendance était assurée. [Note YF: Toute la vie en quatre lignes !!!:] (p.84)

  • « Maintenant que tu n'es pas devant moi, que tu ne vois pas mon visage et que je ne risque pas de paraître ridicule ; je te dis que je t'aime beaucoup. » (p.134)

  • - La vie, c'est un embêtement, poursuivit Zorba; la mort, non. Vivre sais-tu ce que ça veut dire ? Défaire se ceinture et chercher la bagarre.
    Je ne disais rien. Je savais que Zorba avait raison, je le savais, mais je manquais de courage. Ma vie avait fait fausse route et mon contact avec les hommes n'était plus qu'un monologue intérieur J'étais descendu si bas que si j'avais eu à choisir entre tomber amoureux d'une femme et lire un bon livre sur l'amour j'aurai choisis choisi le livre. (p.145)

  • Et moi qui croyais n'avoir besoin de rien, je sentis soudain que j'avais besoin de tout. (p.169)

  • De nouveau retentissait en moi,avec le cri des grues, le terrible avertissement que cette vie est unique pour l'homme, qu'il n'y en a pas d'autre et que tout ce dont on peut jouir, c'est ici qu'on en jouira. Il ne nous sera pas donné, dans l'éternité, aucune autre chance.
    Un esprit qui entend cet avis impitoyable - et en même temps si plein de pitié - prend la décision de vaincre ses mesquineries et ses faiblesses, de vaincre la paresse, les grandes espérances vaines et de s'accrocher, tout entier, à chacune des secondes qui fuient à jamais.
    De grands exemples remontent dans la mémoire et on voit clairement qu'on n'est qu'un homme perdu, que la vie s'épuise en petites joies, en petites peines et en propos futiles. On a envie de s'écrier: « Quelle honte » en se mordant des lèvres. (p.241)

  • Quand on marche en compagnie, on rit, on devise, et ce bruit empêche d'entendre ce que disent les vagues et les oiseaux. (p.241)

  • Je savais que l'éternité est chacune des minutes qui passent. (p.247)

  • Enfant, j'ai failli tomber dans le puits. Une fois grand j'ai failli tomber dans le mot « éternité » et aussi dans pas mal d'autres mots : « amour », « espérance »,« patrie », « Dieu ». A chaque mot franchi, j'avais l'impression d'échapper à un danger et d'avancer d'un pas. Mais non. Je changeais seulement de mot et c'est cela que j'appelais délivrance. Et me voilà depuis deux années entières suspendu au-dessus du mot « Bouddha ». (p.249)

  • Le grand ascète rassemble autour de lui ses élèves et leur dit :
    « Malheur à celui qui n'a pas en lui la source de bonheur!
    « Malheur à celui qui veut plaire aux autres!
    « Malheur à celui qui ne sent pas que cette vie et l'autre ne font qu'un!» (p.260)

  • Je savais qu'au-dessus de la vérité existe un autre devoir beaucoup plus important, beaucoup plus humain. (p.291)

  • Il lui était impossible d'entendre une femme s'adresser à lui d'un ton déchirant sans être complètement retourné. Une larme de femme aurait pu le noyer. (p.301/302)

  • ...[les hommes], Qu'ils soient bon ou mauvais, je les plains tous. Quand je vois un homme, même si je fais celui qui s'en fout, ça me prend aux tripes. Voilà, que je me dis, ce malheureux aussi mange, boit, aime, a peur; lui aussi a son Dieu et son diable, lui aussi passera l'arme à gauche et se couchera tout raide sous la terre sera bouffé par les vers. Et le pauvre ! On est tous frères. Tous de la viande pour les vers. (p.322)

  • J'écoutais Zorba, perplexe. Quel était donc le sage qui s'efforçait d'apprendre à ses disciples à faire volontairement ce que la loi ordonne ? A dire « oui » à la nécessité, à transformer l'inévitable en libre volonté? - c'est là, peut-être, la seule voie humaine vers la délivrance. Elle est pitoyable, mais il n'y en a pas d'autres. (p.383)

  • Toutes ces pensées désespérées, si j'avais pu les danser! Mais j'en étais incapable, ma vie était gâchée. (p.293)

  • Alors, prends garde, Alexis, de ne jamais blesser le coeur de l'homme ! (p.393)

    (édition Plon : traduit du grec par Yvonne Gauthier. Lu dans le livre de poche)



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dernière mise à jour : 14/03/2016 version: YF-04/2000