Theodor Adorno (1903-1969)

Minima Moralia Réflexions sur la vie Mutilée [1951]


  • Aucune pensée , n'est immunisée contre les risques de la communication : il suffit de l'exprimer dans un contexte inadéquat et sur la base d'un mauvais consensus pour en miner la vérité. (p.26)

  • L'intimité des individus est faite d'indulgence, de tolérance et d'un havre pour les particularités de chacun. Si cette intimité est jetée sur la place publique, alors automatiquement apparaît au grand jour ce qu'il y a en elle de faiblesse et, en cas de divorce, tout cela ressort inévitablement à l'extérieur. Tous les petits objets familiers sont profanés. (p.35)

  • Comme toujours, c'est pour ceux qui n'ont pas le choix que la situation est la plus difficile. (p.46)

  • On ne rend pas justice à l'homme moderne si l'on n'est pas conscient de tout ce que ne cessent de lui infliger dans ses innervations les plus profondes, les choses qui l'entourent. (p.48)

  • L'idée qu'après cette guerre la vie pourrait continuer « normalement » ou même qu'il pourrait y avoir une « reconstruction » de la civilisation (Kultur) - comme si la reconstruction de la civilisation n'en était pas déjà en elle-même la négation - est une idée stupide. Des millions de Juifs ont été massacrés, et on voudrait que ce ne soit qu'un intermède et non pas une catastrophe en soi. Qu'est-ce que cette civilisation attend de plus ? Et même s'il y a encore un sursis pour une multitude de gens, peut-on s'imaginer que ce qui s'est passé en Europe reste sans conséquences, et ne pas voir que la quantité de victimes représente un saut qualitatif pour la société dans son ensemble, un saut dans la barbarie ? Si on répond au coup par coup, c'est une façon de perpétuer la catastrophe. Il suffit de réfléchir au problème de la vengeance des victimes de ce massacre. Si on tue autant de l'autre côte, l'horreur devient une institution et le schéma précapitaliste de la loi du talion, qui depuis des temps immémoriaux n'est plus en vigueur que dans quelques montagnes retirées, se trouve réintroduit à l'échelle élargie des nations entières, qui en sont les sujets sans sujet. Mais si les morts ne sont pas vengés et si l'on fait grâce, alors c'est finalement le fascisme qui, dans son impunité, aura gagné malgré tout et, une fois qu'il aura ainsi montré comme c'est facile, cela recommencera ailleurs. La logique de l'histoire est aussi destructive que les hommes qu'elle enfante: où que puisse la pousser la pesanteur qui est la sienne, elle reproduit l'équivalent du malheur qui a eu lieu. Normale est la mort. (p.72)

  • La tâche, presque insoluble à laquelle on se trouve confronté consiste à ne pas se laisser abêtir ni par le pouvoir des autres ni par sa propre impuissance. (p.74)

  • Car celui qui meurt désespéré, toute sa vie fut vaine. (p.223)

  • Tu n'es aimé que lorsque tu peux te montrer faible sans provoquer une réaction de force. (p.257)

    (Editions Payot et Rivages 2003 traduit de l'allemand par Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral)



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dernière mise à jour : 16/11/2009 version: YF/04/2004